Olivier a quitté les hôtels de luxe pour mettre les mains dans la terre
jeudi 12.11.2009, 05:03 -- La Voix du Nord


Olivier Dhellemmes a été formé à la culture d’endives de terre par son père, ancien endivier.
| BOURGHELLES |
Il a claqué la porte sur vingt-trois ans de vie professionnelle. Fui Bruxelles et son bling-bling pour renouer avec la tradition familiale, l’agriculture. Quitte à remonter l’exploitation de son père, abandonnée depuis six ans. Neuf mois après son installation, Olivier Dhellemmes, 42 ans, s’apprête à fournir une AMAP, une association pour le maintien de l’agriculture paysanne.
PAR MARIE VANDEKERKHOVE 
villeneuvedascq@lavoixdunord.fr PHOTO LA VOIX
Il parle anglais, espagnol et italien couramment. Ce Bourghellois mûri en Belgique n’est jamais aussi heureux que lorsque, sur les marchés d’Annappes, de Marcq-en-Baroeul ou de Croix, il joue les polyglottes. C’est la seule concession qu’il octroie à son passé de directeur de restauration d’un hôtel « quatre étoiles plus » aux Sablons, le quartier chic de Bruxelles.
Il y a un an, Olivier Dhellemmes a plaqué son job. Exit les horaires de fou, « Je commençais à 7 h, je rentrais chez moi à 1 h le lendemain . » Finies les courbettes aux Romano Prodi et autres édiles européens. « Mon boulot, c’était beaucoup de stress et de bling-bling. J’en ai eu assez du manque de sincérité ».
Alors il a fait ses bagages, emmené sa femme et trois de ses six garçons. Retour à Bourghelles chez papa et maman, à 41 ans. La révélation, il l’a eue le 14 juillet 2008 : « Nous avions assisté aux festivités en famille, ma femme et moi nous sommes dit que la campagne, c’était vraiment bien … » Quatre mois après, il donne sa démission. Sous les regards ahuris de ses collègues, qui lui opposent la crise.
Lui ne pense qu’à sa vocation tardive : l’agriculture. Quand il était jeune homme, l’idée ne l’emballait guère. Son père était endivier, travaillait la terre comme les deux générations qui l’avaient précédé. « Mes frères et moi lui donnions des coups de main, sans plus. Deux travaillent dans la pub, le troisième dans le dessin industriel. » Olivier apprend la cuisine à l’école hôtelière de Tournai. La vie l’éloigne de la Pévèle. « Je suis parti à 18 ans pour des vacances en Belgique. Elles ont duré vingt-trois ans », s’amuse-t-il. Premier job comme commis de salle. Le Bourghellois grimpe les échelons, toujours dans l’hôtellerie de luxe. « J’aurais pu devenir directeur, avec un peu plus de stress. » Mais il se fait rattraper par les racines.
Ce n’est pourtant pas le choix de la facilité : « Mon père a pris sa retraite six ans auparavant. Il avait vendu tout son matériel », se souvient Olivier, qui s’est installé en mars. Le fils se retrousse les manches, le père passe quelques coups de fil. Ensemble, ils remontent une serre d’occasion dans le jardin de 2 000 m², « trois semaines de galère ». Grâce aux conseils de papa, Olivier redécouvre la vie des champs. Et s’impose une culture « naturelle », sans traitement, « qui pourrait déboucher sur du bio ».
« J’ai commencé par des salades, des endives de pleine terre, des carottes… J’apprends tout », énumère Olivier. Sa femme, ibère, l’aide, « elle a vécu en Espagne, à la ville, elle n’y connaissait rien, confondant la mâche et les mauvaises herbes », s’amuse le néo-rural.
Cet amoureux de la gastronomie se lance illico dans la production haut de gamme : la tomate Coeur-de-boeuf, le basilic pourpre, le melon… Séduisant la clientèle des marchés chics des environs. Son secret : vendre ses produits avec des fiches recettes. « En ce moment, une soupe à la carotte avec lait de coco et coriandre ». L’année prochaine, il s’est promis de planter des légumes anciens pour vanter le velouté de panais aux pétoncles. Le jeune agriculteur déborde de projets : il rejoindra l’AMAP de Villeneuve-Tressin le 1er décembre, ouvrira un point de vente le 1er janvier à Bourghelles. Pour l’instant, Olivier n’a qu’un regret : « Ne pas avoir changé de vie avant ». •